L'Entretien - Avec François Bertrand

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Arsène Colombo
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L'Entretien - Avec François Bertrand

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[police=Arial]L'Entretien
avec François Bertrand[/police]
« Chacun doit voter en son âme et conscience, mais voter de manière à ne pas laisser les groupes radicaux prendre le pouvoir »
Sur fond de campagne électorale pour les élections législatives de mai 2015, la rédaction d'Homo Politicus a souhaité redonner la parole à un dinosaure de la vie politique frôceuse. Président d'un mouvement politique, Président de l'Assemblée nationale, Ministre, Ministre d'Etat, Président de la Cour suprême et enfin Président de la République, François Bertrand est passé par toutes les étapes du cursus honorum frôceux. Fort d'un long bilan à la tête de ces institutions, l'ancien chef de l'Etat avait décidé de reconquérir le suffrage qui lui était longtemps favorable en se présentant à la dernière élection présidentielle. Le scandale de ses échanges privés avec Mackenzie Calloway avaient fini par interrompre la campagne et une décision de la Cour suprême avait tranché l'annulation du scrutin. Une nouvelle élection ayant été aussitôt organisée, François Bertrand s'était à nouveau porté candidat avec cette fois-ci avec pour adversaire Louis-Damien Lacroix de Beaufoy avec lequel il avait fondé l'Alternative Démocrate Frôceuse.

Les ennuis judiciaires ont eu raison de sa volonté d'en découdre et de continuer le combat politique. Comment va t-il ? Que fait-il ? Quel regarde porte t-il sur le déroulement de la campagne et l'actualité ? Voici la retranscription littérale de notre échange dans sa résidence de Lônes-sur-Fleires où il séjourne actuellement.
Bonjour monsieur le président.

Bonjour monsieur Colombo.

Première question. Ces derniers mois, les frôceux n'ont eu de vos nouvelles qu'à travers des publications sur les réseaux sociaux et les multiples procédures judiciaires vous ayant affecté personnellement et ayant affecté votre successeur. Comment expliquer votre absence du débat public ?

J'ai aujourd'hui 46 ans et cela fait quasiment vingt ans que j'ai été au service de la République à travers les multiples responsabilités que j'ai eu l'honneur d'assumer. Encore aujourd'hui, je suis membre du Conseil de la République et je mène un travail discret mais rigoureux au service de nos institutions. Ma présence au sein de cette noble institution m'astreint à un léger devoir de réserve en ce qui concerne la vie politique, tout du moins l'éthique professionnelle sur laquelle nous sommes tombés d'accord avec mes collègues consiste à se mettre en retrait de toute candidature et de tout exercice d'une fonction sollicitant le mandat des frôceux. Cela explique sans doute mon retrait mais naturellement, je reste libre de commenter l'actualité en tant que citoyen parmi les citoyens frôceux et c'est pourquoi je me fais un plaisir de le faire à vos côtés.

Quant aux procédures juridiques, je serai le dernier des frôceux à émettre des critiques contre l'Institution judiciaire que je représente un peu moi-même dans la mesure où je l'ai présidée pendant des années alors que le pays se reconstruisait. J'ai trop de dignité pour me permettre un jugement de valeur négatif à l'égard des décisions qui ont été rendues après mon départ. Bien au contraire, je reste sensible au fait que les magistrats successifs continuent de transmettre l'héritage d'une jurisprudence que j'ai contribué à construire avec François Askalovitch ou encore Asuka Finacci Asato.


Vous avez vécu un lourd échec personnel avec la décision de justice rendue en appel et en cassation, après un verdict clément en première instance. Comment vous sentez-vous ? Et surtout, comment le vivez-vous?

Pour être tout à fait honnête, j'ai mal vécu le climat délétère qui s'est installé suite à cette décision. Vous savez, j'ai mis du temps à me remettre de cet épisode douloureux et en parler maintenant fait partie de la thérapie que je m'impose à moi-même pour endiguer la déprime qui peut parfois survenir en repensant à ce moment. Je pense avoir un devoir d'explication et de clarté à ce sujet, pour ceux parmi nos concitoyens qui ont eu du mal à comprendre.
La vie politique est un stress permanent, qui soumet ceux qui en font leur quotidien à une âpreté sans égale dans tous les autres milieux. Une nervosité intense qui a une grande influence dans les relations que l'on peut entretenir avec ses proches, notamment la famille. En cela c'est une épreuve de vérité. Un test pour évaluer l'aptitude à garder son sang froid, à maîtriser ses nerfs. Je crois en la remise en question de soi, en l'introversion et à la réflexion, seuls gages de maturité et de sagesse. C'est pourquoi j'exprime de vives regrets par rapport au comportement que j'ai pu avoir envers madame Calloway. Celle-ci peut aligner les défauts, les maladresses, elle reste une femme intransigeante avec ses valeurs au premier rang desquels l'honnêteté et l'intégrité en politique.
Des tractations, des négociations souterraines, il y en a toujours eu au sein de notre vie politique. Parce qu'elles sont le firmament, le préalable nécessaire à toute entreprise de gouvernement autour d'idées fortes qui forment un consensus national. Mais dans une situation de pression inextinguible, les nerfs peuvent prendre le dessus et c'est ce qui m'est arrivé en m'adressant de manière brutale à la présidente de la Fédération Démocrate Frôceuse. Je regrette aussi que, de mon parcours, beaucoup ne retiendront que ce fâcheux événement ainsi que le trouble psychiatrique de Monsieur Cohen, qui fut mon homme de confiance au Palais d'Anthelme. Hélas pour ceux qui restent de marbre dans leur point de vue, je ne peux rien faire.

Que pensez-vous des premières années de mandat de Louis-Damien Lacroix de Beaufoy à la présidence de la République ?

Il est assez délicat de répondre à cette question étant donné que mes rapports avec lui et mes anciens amis de l'ADF, excepté Marc Schaft, se sont dégradés. Je n'ai plus aucun contact avec lui mais je vois d'un œil bienveillant le style qu'il imprègne à la fonction présidentielle. A titre personnel, je ne suis pas rancunier. Les événements se sont succédés si vite que le dialogue n'a pu être au rendez-vous. Ça aussi je le regrette et j'en suis responsable.

La campagne bat son plein depuis la semaine dernière. De là où vous êtes, suivez vous scrupuleusement les débats ?

En tant que frôceux parmi les frôceux, je me sens responsable de m'acquitter de ce devoir citoyen qu'est le vote. Et comptez sur moi pour voter. Cela dit, pour pouvoir faire un choix sereinement, il faut avoir une parfaite connaissance des personnalités et de l'offre politique qui se rattache à chacune d'elles. Je ne veux pas dire quelle liste a ma faveur ou quel sera ma préférence dans l'isoloir, mais je tiens à exprimer mes inquiétudes sur la radicalité des débats qui ont eu lieu jusqu'ici. Si je devais laisser un héritage en politique, ce serait celui du consensus, du dialogue, de l'échange et de la hauteur de vue dénuée de tout intérêt partisan ou idéologique. Là où certains me reprocheront un manque criant de convictions, je revendique pour ma part avec fierté cette mollesse et cette modération que d'aucuns semblent condamner en haranguant des foules surexcités par les discours de ruptures ou "anti-système". J'observe que cette radicalisation porte son effet à l'extrême gauche et au sein de la droite dure, j'appelle donc à la raison ces gens là afin qu'ils ne jouent pas avec le feu qui pourrait les dissoudre.

Je forme le vœux qu'après les résultats du scrutin électoral, les listes élues auront la responsabilité de coopérer ensemble, y compris avec leurs adversaires historiques, afin de représenter au mieux les aspirations du peuple frôceux dans son ensemble. C'est tout le sens que j'accorde à la proportionnelle intégrale et à la démocratie représentative que j'ai défendue au sein du cercle Benjamin Constant. Je suis également favorable à l'élection du Président de la République au scrutin indirect qui contrairement à certains points de vue, ne saurait se cantonner à un déficit démocratique. Ce serait au contraire un moyen de reconnaître la hauteur de vue que se doit d'incarner le chef de l'Etat et pour laquelle je reste très attaché.
La grande surprise de cette campagne, pour ma part, c'est l'OURS. J'ai eu de brefs contacts avec ce mouvement politique qui me semble pourvu d'un destin exceptionnel et j'apprécie grandement écouter le discours raisonnable des candidats de la liste éponyme. Je suis aussi très surpris par la volonté de rapprochement entre l'ADF et le RLPN autour des valeurs centristes qui correspondent parfaitement aux miennes.

Vous évoquez la question du mode d'élection du président de la République. Etes vous toujours intéressé par cette prestigieuse fonction ?

J'étais sûr que vous y viendriez. A vrai dire, pour le moment, j'estime que ceux qui sont aux responsabilités font correctement le travail. Je vous l'ai dit tout à l'heure, je n'ai que 46 ans et comme maintes fois évoqué, je n'ai pas l'intention de prendre ma retraite de si tôt. Je veux bien me mettre en retrait, mais pas demander ma pension à l'heure où tant de nos compatriotes travaillent et que certains d'entre eux risquent encore de le faire jusqu'à 64 ans, pour reprendre une proposition de cette campagne.

Pour le moment, j'estime qu'il y a un président qui fait correctement son travail et des institutions qui fonctionnent, bien que des choses sont à améliorer. Je parlais du mode d'élection du chef de l'Etat, je peux aussi parler du mandat législatif qui selon moi est beaucoup trop court pour tenir les promesses électorales réalisées au cours d'une campagne. Si nous ne voulons pas alimenter les extrêmes avec leur opposition de principe, radicale, contre les institutions, nous nous devons de rallonger le mandat des parlementaires pour que le rythme des réformes puisse s'engager sereinement et complètement.

Vous ne vous interdisez donc aucun retour en politique. Si tel était le cas, quelle forme cela pourrait prendre ?

Aujourd'hui il est trop tôt pour vous le dire. A vrai dire je n'ai pris aucune décision et j'estime que ma présence n'est pas indispensable. C'est aussi pour répondre aux critiques d'omniprésence que j'ai tenu à me mettre en retrait, pour laisser la nouvelle garde, la nouvelle générations de femmes et d'hommes politiques prendre les devants. Et pour le moment, ils s'en sortent bien.

Je sais que les journalistes sont obsédés par ce genre de sujets et de questions, mais croyez moi, je ne cache aucun jeu et je pense vous avoir répondu de la manière la plus sincère possible.

Merci, monsieur Bertrand. Un dernier mot peut être ?

Oui, je souhaite adresser mon message de sympathie à tous les frôceux quelque soit leur condition personnelle, leurs rêves, leurs espoirs et leurs parcours. Je veux leur dire que de là où je suis, j'ai une pensée profonde pour eux et un espoir attentif tourné vers l'avenir. Chacun doit voter en son âme et conscience, mais voter en mobilisant son sens de la réflexion et son esprit critique de manière à ne pas laisser les groupes radicaux prendre le pouvoir.

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